Maladie : obligations du salarié et de l'employeur au Luxembourg
En cas d'incapacité de travail pour raison de santé, le salarié et l'employeur sont soumis à des obligations précises et à des délais stricts. Leur respect conditionne directement le maintien du salaire et la protection contre le licenciement. Cette fiche présente les règles applicables dans l'ordre des questions que se pose un salarié ou un RH face à un arrêt maladie.
1. Que fait le salarié le jour où il tombe malade ?
Dès que son état de santé l'empêche de travailler, le salarié est soumis à deux obligations successives dont le respect conditionne toutes les protections légales qui suivent.
Obligation 1 — Avertir l'employeur le jour même
Le salarié doit avertir l'employeur (ou son représentant) de son empêchement le jour même de la survenance de l'incapacité (Art. L.121-6, par. 1). Cet avertissement peut être transmis :
- oralement ou par écrit ;
- personnellement ou par une tierce personne (un proche, par exemple).
Cas pratique — Incapacité survenant un week-end
Obligation 2 — Transmettre le certificat médical dans les 3 jours
Le salarié doit soumettre à l'employeur un certificat médical attestant son incapacité de travail et sa durée prévisible au plus tard le troisième jour suivant le début de l'absence (Art. L.121-6, par. 2).
2. Le salarié sera-t-il payé pendant son arrêt ?
L'employeur est légalement tenu de maintenir intégralement le salaire et les autres avantages contractuels pendant une durée limitée.
La règle des 77 jours sur 18 mois
Le maintien du salaire s'applique jusqu'à la fin du mois de calendrier au cours duquel survient le 77e jour d'incapacité, calculé sur une période de référence glissante de 18 mois (Art. L.121-6, par. 3).
Calcul du montant maintenu
Le montant dépend de la nature de l'horaire :
- Horaire fixé jusqu'à la fin du mois : salaire de base + primes et suppléments courants + majorations prévues à l'horaire.
- Horaire non fixé à l'avance : une indemnité journalière égale au salaire journalier moyen des 6 mois précédents (Art. L.121-6, par. 3).
3. Le salarié peut-il être licencié pendant son arrêt maladie ?
La protection de 26 semaines
L'employeur ne peut pas notifier la résiliation du contrat ni convoquer le salarié à un entretien préalable au licenciement pendant une période de 26 semaines à compter du jour de survenance de l'incapacité (Art. L.121-6, par. 3).
Cette protection s'applique à condition que le salarié ait respecté ses deux obligations : avertissement immédiat et certificat médical dans les 3 jours.
Protection même en cas de faute grave
La protection contre le licenciement s'applique même si l'employeur invoque une faute grave. Toutefois, une fois la période de 26 semaines expirée, l'employeur retrouve la possibilité de résilier le contrat, y compris pour faute grave commise avant ou pendant l'arrêt (Art. L.121-6, par. 3 et 5).
4. Cas particuliers et exceptions à la protection
Exceptions à la protection contre le licenciement
La protection de 26 semaines ne s'applique pas dans deux situations (Art. L.121-6, par. 4) :
- L'incapacité résulte d'un crime ou d'un délit auquel le salarié a participé volontairement.
- L'avertissement ou le certificat médical sont transmis après la réception d'une lettre de licenciement ou de convocation à entretien préalable — sauf cas d'hospitalisation urgente, où le certificat peut être produit dans les 8 jours suivant l'hospitalisation.
Maladie survenant pendant les congés annuels
Si un salarié tombe malade pendant ses congés de récréation, les journées d'incapacité reconnues par certificat médical ne sont pas décomptées de ses jours de congé annuel (Art. L.233-11). Ces jours de congé sont préservés et peuvent être repris ultérieurement.
Pour en bénéficier, le salarié doit adresser le certificat médical à l'employeur dans les 3 jours ouvrables suivant le début de la maladie, s'il se trouve sur le territoire luxembourgeois.
5. Inaptitude et reclassement professionnel
Constat d'inaptitude par le médecin du travail
Lorsque le médecin du travail constate une inaptitude du salarié à occuper son poste de travail, l'employeur ne peut plus maintenir le salarié à ce poste (Art. L.326-9, par. 3). Il s'agit d'une obligation légale, non d'un choix.
La procédure de reclassement
Dans certaines conditions, une procédure de reclassement professionnel peut être engagée pour rechercher un emploi adapté aux capacités restantes du salarié. Deux conditions doivent être réunies simultanément :
- l'entreprise emploie au moins 25 travailleurs ;
- le salarié justifie d'une ancienneté d'au moins 3 ans dans l'entreprise.
Lorsque ces conditions sont réunies, deux voies sont possibles (Art. L.326-9, par. 5 et 6 ; Art. L.551-1) :
- Reclassement interne : l'employeur recherche un poste adapté au sein de la même entreprise.
- Reclassement externe : si le reclassement interne est impossible, la procédure est confiée à la Commission mixte, organe tripartite compétent pour orienter le salarié vers un emploi compatible avec son état de santé dans un autre établissement.
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