Temps de travail

Compte épargne-temps (CET) au Luxembourg : alimentation, utilisation et liquidation

Le compte épargne-temps (CET) est un mécanisme permettant au salarié de capitaliser des droits à absence exprimés en heures — et non en argent. Au Luxembourg, il ne s'agit pas d'un droit individuel que tout salarié peut exiger : le CET doit être institué par un cadre collectif (convention collective ou accord applicable) et son fonctionnement précis dépend du texte qui le crée. Les grands principes communs — alimentation, plafond, liquidation, garantie en cas d'insolvabilité — sont analysés ci-dessous.

Thème : Temps de travail Sources : Art. L. 211-27 · L. 126-1 · Code du travail luxembourgeois · Guichet.lu · ITM Mis à jour : 10 juin 2026

1. Principes généraux et mise en place

Un compte d'heures, pas d'argent

Le CET est une réserve de droits à absence rémunérée future. Le salarié y accumule des heures ou des jours convertis en temps, qu'il pourra mobiliser ultérieurement sous forme de congés ou de réduction de temps de travail. Aucune somme en espèces n'est versée sur le compte : tout y est exprimé en heures.

Un dispositif nécessairement collectif

Le CET ne peut pas être créé par la seule volonté de l'employeur ou du salarié. Sa mise en place requiert un cadre collectif : convention collective de travail, accord interprofessionnel ou accord instituant le dispositif selon les modalités prévues par la loi. Dans les entreprises couvertes par une telle convention ou un tel accord, le CET est instauré par négociation entre l'employeur et la délégation du personnel. Lorsque la réglementation applicable l'exige, une homologation par le ministre du Travail est nécessaire.

Conditions d'accès individuelles

Certains dispositifs de CET prévoient une ancienneté minimale — souvent citée à deux ans — comme condition d'ouverture du compte. Cette exigence n'est pas universelle : elle dépend du texte instituant le CET dans l'entreprise. Il convient toujours de vérifier la convention ou l'accord applicable avant de conclure qu'un salarié peut ou non en bénéficier.

Principe clé de lecture. Les modalités précises du CET — conditions d'accès, alimentation, utilisation, liquidation — doivent toujours être vérifiées au regard du texte instituant le dispositif applicable dans l'entreprise. Les règles décrites dans cette fiche constituent les principes généraux communs ; elles peuvent être complétées ou précisées par la convention ou l'accord applicable.

2. Alimentation du compte

L'alimentation du CET se fait à la demande écrite du salarié. Les éléments suivants constituent des modes d'alimentation fréquemment prévus par les dispositifs de CET au Luxembourg ; la liste exacte dépend du texte applicable dans l'entreprise :

Heures supplémentaires

Les heures supplémentaires peuvent être versées sur le CET au même taux que celui appliqué pour leur récupération en repos (Art. L. 211-27). C'est l'un des cas les plus courants d'alimentation : plutôt que d'être récupérées immédiatement ou payées avec majoration, les heures supplémentaires sont capitalisées pour un usage ultérieur.

Jours de congé excédentaires

Des jours de congé au-delà du minimum légal de 26 jours peuvent être versés sur le CET. Sous conditions, il est également possible d'y verser jusqu'à 5 jours de congé payé non pris en raison d'une maladie, d'une maternité ou d'un congé parental.

Autres éléments éligibles

  • Les soldes excédentaires en fin de période de référence (POT) ou en horaire mobile
  • Le repos compensatoire pour travail dominical ou pour jours fériés tombant un dimanche
Les éléments ci-dessus sont des exemples fréquents d'alimentation. Un dispositif de CET peut en prévoir un sous-ensemble ou des variantes. Consulter le texte instituant le compte pour connaître les sources d'alimentation effectivement autorisées.

3. Utilisation et plafond

Plafond de 1 800 heures

Le CET est limité à un maximum de 1 800 heures. Au-delà de ce plafond, aucune heure supplémentaire ne peut être créditée sur le compte : les droits excédentaires doivent être récupérés ou rémunérés selon les règles ordinaires.

Modalités de retrait

L'utilisation des heures accumulées s'effectue à la demande du salarié. L'employeur peut s'y opposer si des besoins du service ou les désirs justifiés d'autres salariés s'y opposent — à condition que ce refus soit motivé et non arbitraire. En dehors de ces cas, l'accord de l'employeur est requis, mais son refus est encadré.

Les modalités concrètes de retrait (préavis, durée minimale d'absence, nombre de retraits par an, etc.) sont définies par le texte instituant le CET. Vérifier ces règles avant toute demande.

4. Sort du CET en cas de rupture du contrat ou d'insolvabilité

Départ du salarié : liquidation obligatoire des droits acquis

En cas de rupture du contrat de travail — quelle qu'en soit la cause —, les heures accumulées sur le CET et non encore utilisées ne sont pas perdues. Elles doivent être indemnisées. Pour les heures supplémentaires non récupérées, le salarié a droit au paiement de son salaire horaire normal majoré de 40 % (Art. L. 211-27).

La majoration de 40 % applicable lors du paiement des heures supplémentaires en fin de contrat est identique à celle prévue pour leur paiement en cours de contrat. Le départ ne dégrade pas les droits acquis.

Insolvabilité de l'employeur : garantie du Fonds pour l'emploi

En cas de faillite ou d'insolvabilité de l'employeur, les créances résultant de la liquidation du CET bénéficient d'une garantie du Fonds pour l'emploi (Art. L. 126-1). Cette garantie est plafonnée à un montant égal au double du salaire social minimum de référence. Elle couvre les droits CET en attente, dans la limite de ce plafond.

La garantie du Fonds pour l'emploi est plafonnée. Si le solde accumulé sur le CET représente une valeur supérieure au double du salaire social minimum, la fraction excédentaire n'est pas couverte. Ce risque plaide pour une utilisation régulière du compte et le maintien du solde à un niveau raisonnable.

Une question sur le fonctionnement du CET dans votre entreprise ?

Poser ma question à Kymora →

Les informations contenues dans cette fiche sont fournies à titre indicatif et ne constituent pas un conseil juridique. Elles peuvent comporter des inexactitudes ou ne pas refléter les dernières évolutions législatives ou jurisprudentielles. Pour toute situation spécifique, consultez un professionnel du droit.