Licenciement avec préavis au Luxembourg : durées selon ancienneté
En cas de licenciement à l'initiative de l'employeur, la durée du préavis est déterminée exclusivement par l'ancienneté du salarié dans l'entreprise. Le Code du travail prévoit trois paliers, auxquels s'ajoutent des règles précises sur le point de départ du délai, la possibilité de dispenser le salarié d'exécuter le préavis, et un régime particulier pour les employeurs occupant moins de vingt salariés.
1. Durées légales de préavis selon l'ancienneté
L'article L.124-3, paragraphe (2) du Code du travail fixe trois durées de préavis applicables aux CDI, calculées en fonction du nombre d'années de services continus du salarié au sein de l'entreprise :
| Ancienneté du salarié | Durée du préavis |
|---|---|
| Moins de 5 ans de services continus | 2 mois |
| De 5 ans à moins de 10 ans | 4 mois |
| 10 ans et plus | 6 mois |
Ces durées constituent des minima légaux : un contrat de travail ou une convention collective peut prévoir des délais plus favorables pour le salarié. En revanche, aucune clause contractuelle ne peut abaisser ces durées en dessous des seuils légaux.
2. Point de départ du préavis
La notification du licenciement s'effectue par lettre recommandée, qui produit effet à compter du troisième jour ouvrable suivant la date d'envoi. Mais le délai de préavis lui-même ne commence pas nécessairement ce même jour : la loi applique la règle du 15 du mois.
Si la notification prend effet avant le 15 du mois (c'est-à-dire si le troisième jour ouvrable tombe avant le 15), le préavis court à partir du 15 du mois en cours.
Si la notification prend effet après le 14 du mois (c'est-à-dire si le troisième jour ouvrable tombe le 15 ou après), le préavis court à partir du 1er jour du mois suivant.
3. Dispense d'exécution du préavis
L'employeur peut décider de dispenser le salarié d'effectuer son préavis, c'est-à-dire de le relever de son obligation de travailler pour la période restante (Art. L.124-9). Cette dispense est une faculté unilatérale de l'employeur : elle ne requiert pas l'accord du salarié.
Maintien des droits pendant la dispense
La dispense ne modifie ni la date de fin du contrat ni les droits fondamentaux du salarié. Celui-ci continue de percevoir son salaire de base ainsi que tous les avantages contractuels (treizième mois, tickets-restaurant, mutuelle, etc.) jusqu'à l'expiration du préavis. Il continue également d'acquérir ses congés payés.
En revanche, les remboursements de frais professionnels — repas de midi, frais de déplacement domicile-travail — cessent d'être dus, le salarié ne se rendant plus sur le lieu de travail.
Reprise d'un emploi pendant la dispense
Le salarié dispensé d'exécuter son préavis est autorisé à reprendre un emploi chez un autre employeur dès le premier jour de la dispense. Dans ce cas, l'ancien employeur n'est pas libéré de son obligation de payer la rémunération due jusqu'à la fin du préavis, mais il ne verse qu'un complément différentiel : la différence entre le salaire perçu dans le nouvel emploi et le salaire qui aurait été dû dans l'ancien, dans la limite du montant dû (Art. L.124-9).
4. Option de remplacement de l'indemnité de départ pour les employeurs de moins de 20 salariés
Les entreprises occupant moins de 20 salariés bénéficient d'un régime dérogatoire prévu à l'article L.124-7, paragraphe (2) : l'employeur peut choisir, dans la lettre de licenciement elle-même, de remplacer le versement de l'indemnité de départ par une prolongation de la durée du préavis.
Dans ce cas, le préavis est porté à un montant nettement supérieur aux durées légales ordinaires, en fonction de l'ancienneté :
| Ancienneté du salarié | Préavis prolongé (option Art. L.124-7 §2) |
|---|---|
| Entre 5 et moins de 10 ans | 5 mois |
| Entre 10 et moins de 15 ans | 7 mois |
| Entre 15 et moins de 20 ans | 9 mois |
| Entre 20 et moins de 25 ans | 12 mois |
| 25 ans et plus | 18 mois |
Ce mécanisme vise à étaler dans le temps le coût de la rupture pour les petites structures, en substituant au versement immédiat d'une indemnité un préavis rémunéré prolongé. Du point de vue du salarié, la contrepartie est de rester lié à l'employeur (sauf dispense) pendant une période potentiellement très longue.
5. Licenciement collectif
Lorsque l'employeur procède à un licenciement collectif au sens de l'article L.166-1 du Code du travail, un régime spécifique s'applique au délai de préavis. Le délai général est de 75 jours à compter de la notification (Art. L.166-6).
Ce délai de 75 jours ne se substitue toutefois pas automatiquement aux préavis individuels : si le délai légal selon l'ancienneté du salarié (2, 4 ou 6 mois) ou le délai conventionnel prévu par une convention collective applicable est plus long que 75 jours, c'est ce délai plus favorable qui s'applique.
6. Motif grave : aucun préavis
En cas de licenciement pour motif grave — c'est-à-dire un fait ou une faute rendant immédiatement et définitivement impossible le maintien des relations de travail — l'employeur peut résilier le contrat sans préavis et sans indemnité de départ (Art. L.124-10). Cette voie est réservée aux situations les plus graves et suppose une notification par lettre recommandée mentionnant les faits reprochés de façon précise.
Le licenciement pour motif grave et le licenciement avec préavis sont deux régimes distincts et exclusifs l'un de l'autre : un licenciement notifié avec préavis ne peut pas être requalifié a posteriori en licenciement pour motif grave, et vice-versa. L'employeur doit donc choisir le régime applicable dès l'envoi de la lettre.
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